Nicolas Sarkozy n’oublie pas qu’il a été « élu par une forte proportion de voix d’extrême-droite qui
considèrent l’immigration comme un fléau et non pas comme une richesse » (Stephane Hessel).
Les reconduites à la frontière vont donc continuer à bénéficier d’objectifs chiffrés : pour 2009, ce sera 30 000.
Mais aimer (les voix d’extrême droite) n’empêche pas de compter : le coût unitaire moyen d’une reconduite musclée à la frontière dépasse 20 000 €. Le
ministre de l’Immigration cherche donc à obtenir que les autorités de Bamako facilitent l’expulsion des Maliens en situation irrégulière en France.
Un bon exemple de politique de bon père de famille.
Dernière minute
Nouvel échec des négociations entre la France et le Mali sur l'immigration
(AFP - 08.01.09) Les négociations entre la France et le Mali sur les flux migratoires se sont de nouveau soldées jeudi à Bamako par un échec, les
autorités maliennes refusant une nouvelle fois de signer un accord sur l'immigration, a-t-on appris de source gouvernementale malienne. [...]
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Les collectifs
de sans papiers en France
organisent régulièrement des manifestations
pour se faire entendre des autorités et du public.
(Photo: AFP)
Bamako refuse une nouvelle fois «l'immigration choisie»
(Rfi - 10.01.09) Le secrétaire général du ministère de
l'Immigration Patrick Stéfanini a quitté le Mali ce vendredi sans avoir pu obtenir la signature des autorités sur la « gestion concertée des flux migratoires » proposée par les
Français. C'est la quatrième fois que Bamako refuse, mais Paris continue de demander de nouvelles négociations.
Les autorités maliennes le reconnaissent ouvertement : la question des Maliens sans papiers en France est très sensible parmi la population. Et pour
que le gouvernement malien accepte que la France expulse davantage de clandestins vers le Mali, Paris doit en contrepartie accepter un plus grand nombre de régularisations. Or pour
l'instant, la France propose toujours le même quota de 1 500 par an. Des sources bien informées ont expliqué à RFI que le Mali demandait 4 000 régularisations annuelles, ce qui a
été refusé par le gouvernement français.
Pour la société civile malienne, ces chiffres restent de toute façon une goutte d'eau au regard du nombre de sans papier estimés à 22 000 en France.
Pour Mahamadou Keïta, de l'Association des Maliens expulsés, « La France expulse chaque mois entre 40 et 55 personnes
vers le Mali. En 2008, il y a eu 478 Maliens expulsés de France. Si l’accord est signé, combien y aura-t-il de personnes à accueillir à l’aéroport de Bamako ? »
Les autorités maliennes ne ferment cependant pas la porte au gouvernement français. Mais c'est peut-être avec le remplaçant de Brice Hortefeux à la tête du
ministère français de l'Immigration qu'ils devront à l'avenir négocier.
L'immigration malienne en chiffres
Environ 4 millions de Maliens vivent à l'étranger, dont 200 000 en Europe. Les Maliens en France seraient 120 000, dont un tiers seulement en
situation régulière.
L'argent qu'ils envoient au Mali, un peu moins de 200 millions d'euros par an, représenterait 10% des revenus du Mali, soit bien plus que l'aide
accordée par la France à son ancienne colonie (156 millions depuis 2000 selon l'Agence française de développement).
Des manifestations, au Mali à Bamako et Kayes, et en France devant le consulat du Mali à Paris, ont demandé cette semaine au gouvernement de Bamako de ne pas
signer l'accord reproposé par les Français.
Le Bénin, le Cap Vert, le Sénégal, le Gabon, la République démocratique du Congo, la Tunisie et l'Ile Maurice ont déjà signé des accords de gestion
concertée. D'autres accords sont en préparation avec le Burkina, le Cameroun, Haïti et l'Egypte.
Depuis Cotonou dans le cadre d'une tournée africaine cette semaine, le ministre français de l'Immigration Brice Hortefeux a appelé à la poursuite des
négociations avec le Mali pour parvenir à un accord « définitif et avantageux ».
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Lors de son audition devant la commission élargie de l'Assemblée nationale mercredi 29 octobre 2008, Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration, n'a rien trouvé de mieux pour justifier sa
politique de chiffrage des expulsions de sans-papiers que de déclarer [1] :
« Le résultat de notre action, c'est que sur les huit premiers mois de l'année, 21 263 étrangers en situation irrégulière ont été reconduits - c'est naturellement le
chiffre que la presse a tendance à retenir. Je précise que si nous fixons des objectifs chiffrés, c'est pour rendre le message compréhensible. Quand une autorité dit : " Attention, si vous venez
sans y être autorisé, sans respecter notre législation, cela risque de mal se passer ", le message est inaudible. Mais si elle dit : " Si vous venez sans nous demander l'autorisation, 25 000
d'entre vous repartiront ", alors, le message est compris ; non seulement ici, mais aussi dans les pays d'origine - où je me rends fréquemment pour discuter avec les associations et expliquer
pourquoi nous agissons ainsi. »
Mais cette politique a un coût. Un aspect sur lequel s'est penché le sénateur UMP des Hautes-Alpes, Pierre Bernard-Reymond, rapporteur spécial de la commission des finances chargé du domaine «
Immigration, asile et intégration », dans le cadre de l'examen du projet de loi des finances 2009.
Dans son rapport [2], le sénateur Bernard-Reymond commence par qualifier de « nécessaire » une politique que d'autres (Stéphane Hessel) jugent « détestable ». Il nous apprend que « la prévision
pour 2008, de 26 000 reconduites à la frontière, devrait être dépassée » et que, pour 2009, l'objectif fixé passe à 30 000 [3].
Le coût des reconduites
Le rapport se limite aux 10 premiers mois de 2008. Une part importante (près d'un tiers) des reconduites à la frontière correspond à des retours considérés comme volontaires ; mais parmi ceux-ci,
il faut encore distinguer les ARH et les ARV.
* 8 710 reconduits ont bénéficié d'une « aide au retour humanitaire » (ARH) - qui prévoit l'organisation du retour et une aide financière de 300 euros par adulte et de 100
euros par enfant. Parmi les bénéficiaires, les plus nombreux sont les Roumains (au nombre de 7 028) suivis des Bulgares (834) - il s'agit dans leur quasi totalité de Roms.
Les reconduites à la frontière de cette catégorie de personnes présentent quelques particularités : il est facile de trouver des "candidats" car leurs lieux
d'habitat sont souvent connus, le coût de leur rapatriement est relativement faible, et ils sont susceptibles d'être comptabilisés plusieurs fois, car certains d'entre eux reviennent en France.
D'un autre côté, qualifier d'humanitaires ces retours tient de la manipulation - il s'agit souvent de retours "forcés" - et les intéressés demandent que soit mis un terme au régime
discriminatoire qui leur est appliqué.
* 1 867 autres reconduits ont bénéficié d'une « aide au retour volontaire » (ARV) - organisation du retour, par la prise en charge du billet de transport aérien et du transport
secondaire à l'arrivée dans le pays de retour, une aide financière de 2 000 euros pour un adulte seul, 3 500 euros par couple, 1 000 euros par enfant mineur jusqu'au 3ème, 500 euros à partir du
4ème. Les nationalités concernées sont variées : Chine 275, Algérie 204, Russie 158, Serbie 107, Irak 93 ...
Il reste environ 20 000 reconduites effectuées "sous la contrainte", dont le sénateur évalue le coût unitaire moyen à 20 970 €, obtenu en divisant le total des crédits alloués à la lutte contre
l'immigration illégale (415,2 M€) par le nombre de personnes effectivement expulsées.
On comprend que l'administration essaie de promouvoir les retours volontaires : ça coûte beaucoup moins ! C'est l'une des raisons pour lesquelles le ministère de l'Immigration tente de conclure
des accords relatifs à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement avec différents pays. A ce jour, 7 pays (Cap Vert, Sénégal, Gabon, République démocratique du Congo, Bénin,
Tunisie, Ile Maurice) ont signé un tel accord ; mais un seul a été ratifié par le Parlement, celui concernant le Gabon. Des négociations sont actuellement en cours avec le Mali, le Burkina, le
Cameroun, Haïti, l'Egypte et les Philippines.
Avec le Mali
Les Maliens constituent une des principales communautés africaines présentes en France - ils seraient environ 120 000 personnes, dont 45 000 en situation régulière, généralement dans des emplois
peu qualifiés. Mais les transferts d'argents des "Maliens de France" vers leur pays d'origine sont nettement supérieurs à l'aide publique au développement (APD) versée chaque année par Paris à
Bamako.
Les consulats maliens en France ont pris la fâcheuse habitude de bloquer deux reconduites à la frontière sur trois en refusant de délivrer des laissez-passer. Paris voudrait donc obtenir que
Bamako accepte les rapatriements forcés de ses ressortissants en situation irrégulière en contrepartie d'un accès facilité au marché du travail français : la France accorderait un quota annuel de
1 500 titres de séjour et de travail soit à des sans-papiers déjà présents, soit à de nouveaux arrivants, 150 titres de séjour « compétences et talents » et une centaine de cartes destinées à des
étudiants.
Des négociations ont lieu en ce moment. Patrick Stefanini, secrétaire général du ministère français de l'Immigration est arrivé le 7 janvier à Bamako pour tenter d'obtenir la signature d'un
accord.
Jusqu'à présent, le Mali refusait un tel accord jugé terriblement déséquilibré. A Bamako, l'Association des expulsés dénonce « un accord de nature à basculer dans la misère des milliers de
familles ». A Paris, la Cimade « espère » que le gouvernement malien saura « résister aux pressions [...] et refuser de signer cet accord » [4].
Brice
Hortefeux et le président malien Amadou Toumani Touré,
lors de l’inauguration à Bamako
du Centre d’information et de gestion de l’immigration,
en octobre 2008.
(Photo : Lamine/AFP)
Notes
[1] Référence : http://www.assemblee-nationale.fr/1....
[2] Le rapport est en ligne : http://www.senat.fr/commission/fin/....
[3] D’après le rapport, le nombre d’interpellations « d’aidants » passerait de 4.800 en 2008 à 5.000 en 2009.
[4] Voir le communiqué de la Cimade http://www.cimade.org/nouvelles/136....
Info : LDH Toulon et Rfi