
Pour Alain Guillemet, surveillant pénitentiaire et secrétaire local de l'Ufap-Unsa, la surpopulation atteint un niveau «catastrophique» à la prison de Gradignan.
Pourquoi alerter l'opinion?
La situation est catastrophique. Nous sommes à 855 détenus pour 411 places, soit un taux d'occupation de 220%. Du jamais vu. J'ai peur qu'on passe le cap des 900 cet été. Déjà, 62 cellules de 9 m2 accueillent trois détenus, sans compter les six cellules dites «chauffoirs», où on entasse six, voire sept personnes.
A quoi est due cette surcharge?
On n'a pas construit suffisamment de places dans les années 1990 et les peines substitutives à l'emprisonnement sont trop peu appliquées. En plus, les peines plancher allongent la durée d'emprisonnement pour les récidivistes. Cette surpopulation génère une insécurité croissante pour le personnel.
A quoi ressemble votre quotidien?
Quand on ouvre une porte et qu'on se retrouve face à trois ou six détenus à la fois, on est en insécurité. Et qui dit surpopulation carcérale, dit amplification des conflits, entre détenus et avec le personnel. Nous subissons des insultes, des menaces... Avec 90 détenus au lieu de 50 sur un étage, il n'y a plus de dialogue possible. On ne peut plus faire d'insertion. Nous sommes un surveillant pour quatre détenus, alors que les normes européennes préconisent un ratio de un pour deux.
Quelle est l'attitude de l'administration?
Elle fait la sourde oreille. Nous sommes juste bons à faire entrer et sortir les détenus de leurs cellules. Les surveillants - comme les détenus - sont au bord de l'explosion.
Les politiques sont-ils davantage à l'écoute?
On sort des élections et la prison ne faisait pas partie des thèmes de campagne. Nous attendons toujours d'être reçus par Alain Juppé, que nous avions sollicité à l'automne dernier. Michèle Delaunay [élue PS] est venue nous voir, mais rien ne change. Tous les établissements de la région sont saturés et l'ouverture du nouveau centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan, début 2009, ne résoudra pas le problème. Avec ses 600 places, la bouffée d'oxygène durera à peine quelques mois. Aujourd'hui, on compte 62.000 détenus en France et le gouvernement table sur 80.000 en 2017. Les établissements existants ne sont pas prêts de se désengorger.
Que préconisez-vous?
Il faut avoir recours aux peines substitutives à l'emprisonnement, notamment pour les petits délits. Le bracelet électronique est une bonne idée, mais on n'a pas le personnel suffisant pour le gérer. Avant de faire des lois, nos politiques devraient dresser un état des lieux précis des besoins et des moyens. Il faut arrêter de mélanger les multirécidivistes - 80% de la population de la maison d'arrêt - avec ceux dont c'est le premier séjour. On compte également 20% à 25% de psychopathes, qui n'ont rien à faire en prison. Une maison d'arrêt ne relève pas du médical.
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Recueilli par Marion Guillot
20 Minutes, éditions du 28/03/2008